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dimanche 13 septembre 2015

Sainte Croix (US Virgin Islands) : 27e Congrès International d'Archéologie de la Caraïbe

Site web du 27e Congrès International d'Archéologie de la Caraïbe - Sainte Croix : 27e IACA Congress (15-22 juillet 2017)

lundi 30 mars 2015

Guadeloupe : Capesterre-Belle-Eau : plage de Roseau : fouille d'un site amérindien tardif

ttt Du 16 février au 14 avril une équipe de l'Inrap dirigée par Martijn Van den Bel fouille une partie du site amérindien de Roseau à Capesterre-Belle-Eau. Ce site a été découvert en 1990 par Gérard Richard, archéologue à la Région Guadeloupe, qui y a réalisé des sondages en 2001 et 2002, mettant en évidence un vaste site à occupations multiples qui résulte de l'implantation de plusieurs villages successifs depuis environ 1000 après J.-C. jusqu'à la période du contact avec les européens (fichier pdf).

col de "jarre à olives" espagnole trouvé sur le site
(cliché C. Stouvenot. SRA Guadeloupe)

Le projet de réalisation d'un parking par la commune de Capesterre-Belle-Eau a justifié la mise en place d'une fouille archéologique préventive après que des vestiges amérindiens aient été identifiés lors de sondages préliminaires (C. Stouvenot, SRA Guadeloupe) et caractérisés par un diagnostic archéologique (N. Serrand, Inrap). Les découvertes révèlent un site d’habitat tardif avec une occupation débutant au début du néoindien récent (vers 1100 ap. JC) et se terminant vers le début du XVIIe siècle. Certains éléments retrouvés dans les niveaux archéologiques montrent clairement l'existence de contacts avec les européens : présence de fragments de jarres à olives de production espagnole, perles en verre, ossements de grands mammifères quadrupèdes comme un os de mulet. La céramique amérindienne est de type "Cayo" c'est à dire très tardive comme celle du site de Cayo situé à Saint-Vincent (Boomert 1986). Ces populations sont donc celles qui ont vécu le contact avec les européens et en particulier les espagnols : il s'agit probablement des peuples Kalinagos ou "Caraïbes insulaires" que Christophe Colomb trouva en Guadeloupe lors de son passage durant le deuxième voyage en 1493. Il pourrait même s'agir du village décrit par Christophe Colomb bien que les textes laissés par ses coéquipiers ne permettent pas de localiser précisément le point d'accostage de C. Colomb en Guadeloupe (certains auteurs contestent la localisation de Sainte-Marie).

La présence de très grandes fosses et d'un long fossé sont également des caractéristiques intrigantes de ce site qu'il conviendra d'élucider.

En dépit de plus de 150 années de coexistence des européens et des amérindiens dans l'aire antillaise, ces sites de "contact" bien représentés dans les Grandes Antilles restent encore très rares dans les Petites Antilles où l'on connaît entre autres le site de Cayo précédemment cité et le site d'Argyle également à Saint-Vincent fouillé en 2009 et 2010 (Hofman, Hoogland 2012)

La fouille se poursuit encore quelques jours et une journée portes ouvertes est organisée par l'Inrap ce mercredi 1er avril 2015 : annonce sur le site web de l'Inrap

Références bibliographiques :

BOOMERT, Arie, 1986. The Cayo Complex of St. Vincent : Ethnohistorical and Archaeological Aspects of the Island Carib Problem. In : Antropológica. 1986. Vol. 66, p. 3‑68. 526-183, 526-V

RICHARD Gérard, 2004. Document Final de synthèse. Site de l’arrière plage de Roseau. Commune de Capesterre-Belle-Eau. Sainte Marie. Guadeloupe. Sondages 2001-2002. rapport n° SRA 262. Service Archéologique du Conseil Régional de la Guadeloupe.

RICHARD Gérard, 2005. Le site archéologique de la Plage de Roseau à Capesterre Belle Eau, révélateur d’une occupation caraïbe insulaire en Guadeloupe - The Archaeological Site of Roseau’s Seaside at Capesterre Belle Eau. Revealer of Insular Carib’s Occupation in Guadeloupe. In : Actes du XXe Congrès International d’Archéologie de la Caraïbe : Santo Domingo, 2003. p. 15‑22. fichier pdf

HOFMAN Corinne et HOOGLAND Menno, 2012. Caribbean encounters: rescue excavations at the early colonial Island Carib site of Argyle, St. Vincent. In : The End Of Our Fifth Decade. Faculty of the Leiden University. Leiden p. 63‑76. ISBN 9789081810913 (fichier pdf)

LE LAY Alice, 2013. Étude du mobilier céramique du site de l'arrière-plage de Roseau. Vers une caractérisation culturelle de l'occupation post-Saladoïde en Basse-Terre de Guadeloupe (1000-1500 apr. J.-C.). Mémoire de Master 2. Université Paris I. Paris Panthéon Sorbonne. téléchargeable sur academia.edu

STOUVENOT Christian, 2013. Compte rendu de sondages archéologiques. Projet d’aménagement de la plage de Roseau. Capesterre-Belle-Eau. Rapport d’opération archéologique n° SRA 551. DAC Guadeloupe, Service régional de l’archéologie.

SERRAND Nathalie, CASAGRANDE Fabrice, JORDA Christophe, TOMADINI Noémie, 2014. Guadeloupe, Capesterre-Belle-Eau, Sainte-Marie. Plage de Roseau. Rapport de diagnostic archéologique. Inrap.

Informations : SRA Guadeloupe et Inrap

samedi 14 février 2015

Guadeloupe : Trois-Rivières : découverte de 80 nouvelles roches gravées précolombiennes à Petit-Carbet

Petit_Carbet.jpg Une opération de prospection archéologique menée en décembre 2014-janvier 2015 dans le quartier de Petit Carbet à Trois-Rivières par Julien Monney, chercheur-doctorant à l'université Paris 1, a conduit à la découverte d'un ensemble rupestre considérable constitué d'au moins 80 roches gravées. Le terrain, une parcelle privée d'une superficie de 4 hectares, est voisin du site de Derussy-Petit-Carbet site déjà connu antérieurement (voir notre billet du 2 septembre 2014). C'est à la suite de travaux de défrichement pour une mise en culture que trois roches portant des gravures précolombiennes sont découvertes en août 2013. Une opération d'évaluation du site est alors mise en place par la Direction des Affaires Culturelles (Ministère de la Culture) et a été menée durant les mois de décembre et janvier.

Cliché : D. Bonnissent, DAC Guadeloupe

Le site est fortement boisé et embroussaillé, ceci compliquant considérablement les recherches, les roches étant enfouies sous une dense végétation luxuriante. Pour réaliser le défrichement du terrain, il est fait appel au RSMA (Régiment du Service Militaire Adapté) qui intervient les deux premières semaines de décembre avec ses jeunes recrues, les "Cadets" qui seront 40 à travailler sur le site, et avec l'aide de la Mairie de Trois-Rivières qui met à disposition repas et locaux d’hébergement. Quelques nouvelles roches sont signalées par les Cadets du RSMA au moment du défrichement.

Les explorations de Julien Monney conduisent très rapidement à la découvertes d'autres roches, jusqu'à atteindre le nombre de 80 en fin d'opération, chiffre qui augmentera sans doute encore à l’avenir, la parcelle n'ayant pas été explorée en totalité. La typologie du site commence à s'affiner : à l'instar du site voisin de Derussy, avec lequel il forme maintenant un même ensemble, les gravures trouvées sont des représentations le plus souvent assez simples : visages anthropomorphes formés de deux yeux et d'une bouche, parfois du nez, dessinés sur de petits blocs de nature volcanique. La roche étant quelque peu friable, les gravures sont le plus souvent un peu érodées, parfois presque complètement effacées. Leur repérage est difficile, la recherche sur le terrain demandant un œil entraîné à ce genre d'exercice et capable d'accrocher des traces paraissant parfois insignifiantes mais qui s’avèrent positives après un examen approfondi. Julien Monney travaille avec des outils spécifiques comme l'utilisation d'une lampe LED de forte puissance permettant d'utiliser même en plein jour un éclairage rasant révélant le relief et facilitant la visualisation des gravures. Il réalise aussi des modèles numériques 3D par photogrammétrie, technique ne nécessitant qu'un appareil photo, un ordinateur doté d'une bonne mémoire et un logiciel de photogrammétrie ... ainsi qu'une bonne dose de savoir faire !

Ainsi l'ensemble de Petit-Carbet, avec plus de 160 figurations rupestres, conforte sa position de site le plus important de Guadeloupe en nombre de figurations, et probablement des Petites Antilles, même si les représentations n'atteignent pas le degré de qualité et de complexité d'autres sites comme celui du Parc Archéologique des Roches Gravées localisé sur la même commune de Trois-Rivières.

Le travail avec le RSMA, sur le site web de la DAC et sur le site web du journal France Antilles

Le site web du RSMA (Régiment du Service Militaire Adapté)

Les recherches de Julien Monney ont été réalisées avec la participation de l'association Archéologies

Pour visiter un site rupestre en Guadeloupe : le Parc Archéologique des Roches Gravées à Trois-Rivières, ouvert au public

Source : DAC Guadeloupe

samedi 31 janvier 2015

Trinidad : le site de Banwari Trace est il menacé par le projet d'autoroute Debe/Mon Desir ?

Highway_Trinidad.jpgLe gouvernement de Trinidad et Tobago mène actuellement un important programme de renforcement de son réseau autoroutier. La 4 voie qui suit la côte ouest de l’île jusqu'à la ville de San Fernando, la "Sir Solomon Hochoy Highway" doit être prolongée jusqu'à la ville de Point Fortin, à 47 km au sud-ouest. Les travaux sont pilotés par la société nationale NIDCO. Ce projet, et en particulier l'un de ses segments (Debe à Mon Desir), est très vivement controversé. Certains opposants, regroupés dans l'organisation Highway Re-Route Movement (HRM) dirigée par le Dr Wayne Kublalsingh, mettent en avant l'impact problématique du projet sur le milieu naturel, l'impact social (le projet nécessitera plusieurs centaines d'expropriations) et le risque de destruction de sites archéologiques et en particulier le site précéramique ancien de Banwari Trace. Ils demandent l'adoption d'un tracé alternatif (Re-Route). Une expertise indépendante dirigée par le Dr. James Armstrong en 2013 souligne le caractère déficient du projet en matière d'évaluation environnementale et sociale. En ce qui concerne le site de Banwari Trace, le Dr Carson Charles, président de la NIDCO affirme quant à lui que le projet routier évite le site archéologique, ce qui semble être le cas, le tracé paraissant distant de 200 m du site aux dires de plusieurs intervenants (mais nos recherches n'ont pas permis de trouver des données très précises à ce sujet).

Le potentiel archéologique exceptionnel de la région a été reconnu dès 1969 suite à la découverte du site précéramique de Banwari Trace dont la première occupation a été datée autour de 5000 avant J.-C. à la suite des fouilles de Peter Harris. Ce site est actuellement considéré comme le plus ancien des Antilles et il a livré une sépulture (Banwari Man). Il se localise, comme l'autre site précéramique de St John fouillé par Irving Rouse en 1953, sur la rive sud de l'ancien Grand Lagon d'Oropouche qui s’avançait de plus de 13 km à l'intérieur des terres. Le site de Banwari Trace reflète à travers ses vestiges fauniques les transformations paléoécologiques de ce lagon : ainsi les couches les plus anciennes montrent une exploitation de mollusques d'eau douce tandis que les plus récentes (après un abandon du site, puis à partir de 4200 avant J.-C.) s'enrichissent en mollusques marins caractéristiques d'un milieu de mangrove. Cette évolution accompagne l'incursion marine consécutive à la remontée post-glaciaire du niveau de la mer. La configuration actuelle des bordures du marais d'Oropouche permet de supposer que de nombreux autres sites existent probablement sur ses rives et peuvent être enfouis dans les sédiments qui ont comblé le lagon. En outre il convient de souligner le potentiel considérable de toute la région en termes d'études des données paléoenvironnementales, potentiel renforcé par la possibilité d'une mise en relation avec les premiers peuplements humains des Antilles.

Il apparaît donc, comme le fait remarquer Dennis Ramdahin, expert de l'UNESCO mandaté pour évaluer l'état du site de Banwari Trace, que c'est sur l'ensemble du tracé que se pose le problème archéologique, et non uniquement sur le site de Banwari Trace qui apparaît comme symbolique des risques de destruction. Les opérations d'archéologie préventive avec les méthodes extensives qui seraient nécessaires ne semblent pas envisagées. Il est très probable que nombre de vestiges archéologiques méconnus et dignes d'être étudiés seront détruits par les travaux sur l'ensemble du tracé San Fernando - Point Fortin si aucune investigation systématique préalable n'est entreprise, déficience qui semble malheureusement être généralisée à Trinidad et Tobago, nation particulièrement démunie en matière d'archéologie préventive (Reid et Lewis, 2011).

Aux dernières nouvelles le sort du tracé Debe/Mon Desir n'est toujours pas fixé, et le Dr Wayne Kublalsingh du Highway Re-Route Movement (HRM) poursuit toujours, depuis maintenant plus de 100 jours, une grève de la faim pour protester contre le projet et alerter l'opinion.

  • ARMSTRONG James, 2013. Report of the Independent Review Committee of the Debe to Mon Desir Segment of the San Fernando to Point Fortin Highway. 265 p. : L'expertise du Dr James Armstrong téléchargeable (pdf)
  • Le site de Banwari Trace et le tracé autoroutier sur WikiMapia
  • HARRIS Peter O'Brian 1973. Preliminary Report on Banwari Trace, a Preceramic Site in Trinidad. Proceedings of the 4th Congress for the Study of the Pre-Columbian Cultures of the Lesser Antilles, St. Lucia 1971: 115-125. download pdf
  • REID Basil A., LEWIS Vel 2011. Trinidad and Tobago, pp. 125-133. In : SIEGEL Peter E., RIGHTER Elisabeth : Protecting Heritage in the Caribbean. University Alabama Press. 2011

Martinique : Sainte-Anne : Fouilles à l'Anse Trabaud (Université de Leiden)

L'université de Leiden poursuit ses fouilles archéologiques à l'Anse Trabaud, dont la première campagne a eu lieu en 2012. Ce site amérindien tardif (troumassoïde et suazoïde, 850-1450 après J.-C) est caractérisé par sa situation près du littoral et une grande variabilité de la morphologie et sédimentologie côtière au cours du temps, avec un enfouissement des vestiges pouvant dépasser deux mètres de profondeur. Le milieu humide a favorisé la préservation du mobilier ligneux et plusieurs objets en bois comme une calebasse ont été retrouvés. Les deux campagnes de fouilles (2012 et 2015) ont été dirigées par Corinne Hofman et Meno Hoogland. La campagne 2015 s'intègre dans le programme Nexus 1492 financé par l'European Research Council. Outre les études classiques de mobilier céramique et lithique, et l’approche géomorphologique du site, les études se focaliseront aussi sur les ressources alimentaires animales (faune vertébrée) et végétales (microrestes végétaux).

La page de l'Université de Leiden

La page du projet Nexus 1492

Guadeloupe : Goyave : fouille d'un habitat précolombien et d'un moulin de sucrerie à Sainte-Claire (2)

Ingenieurs_Roi_Goyave.png L'Inrap a mis en ligne une page sur la fouille réalisée en octobre-novembre 2014 sur le site de Sainte-Claire à Goyave (Guadeloupe) et qui a avait fait l'objet d'un premier billet sur ZemiBlog à l'occasion des journées portes ouvertes organisées sur ce chantier. Une vidéo de 7 minutes permet de suivre la présentation du site commentée par Martijn Van den Bel, responsable de l'opération, Nicolas Biwer, responsable du secteur de fouille de la sucrerie et Gérard Lafleur, historien à la Société d'Histoire de la Guadeloupe.



La page ZemiBlog (1) sur ce sujet (22 décembre 2014)

La page Inrap relatant cette fouille préventive

Le lien vers la vidéo Inrap

vendredi 2 janvier 2015

Haïti, Paris : exposition : Grottes d’Haïti : entre imaginaires et réalités

exposition-grottes-haiti-unesco-5dad2.jpg L'association "Hommes des Cavernes" organise à la Maison de l'UNESCO à Paris du 5 au 21 janvier 2015, une exposition retraçant l'exploration des cavernes de Haïti menée depuis 2009 par les spéléologues Carole Devillers, Jean-François Fabriol et Olivier Testa. L'exposition présente en 45 panneaux de nombreuses photographies des principales grottes visitées, révélant un patrimoine aussi exceptionnel que méconnu.

Ces impressionnantes cavités peuvent aussi être admirées sur le site "Grottes de Haïti". La page Le projet fourni quelques explications sur la nature du programme et en particulier les objectifs affichés de protection des sites, formation de guides et assistance à l'aménagement des cavités afin de les rendre accessibles au public. En revanche ce programme d'exploration ne semble pas revendiquer d'ambition scientifique, que ce soit au niveau de l'étude du milieu naturel que des approches archéologiques et paléontologiques qui paraissent totalement absentes.

Affiche de l'exposition © Association Hommes des Cavernes

lundi 29 décembre 2014

Tobago : découverte de l'épave d'un navire hollandais coulé par les français lors de la bataille de Tobago en 1677

bataille_scarborough_Tobago.jpg Vue du navire français "Le Glorieux" tirant au canon sur les navires hollandais (Wikimedia Commons)

Une équipe de l'Université du Connecticut et de l'Institute of Nautical Archaeology dirigée par le Dr Kroum Batchvarov a identifié les restes de ce qui paraît être le "Huis te Kruiningen", le plus grand navire néerlandais impliqué dans la bataille franco-néerlandaise de Rockley Bay à Scarborough le 3 mars 1677.

Cette bataille s'engage suite à une tentative des français de reprendre Tobago à la Compagnie Néerlandaise des Indes Occidentales qui s'était emparée de l’île et de la ville de Cayenne en 1676. Une escadre de 14 navires français affronte 15 bateaux hollandais. Cet évènement demeure l'une des plus grandes batailles navales livrée hors d'Europe au XVIIe siècle. Environ 2000 personnes, dont 250 femmes et enfants néerlandais, et 300 esclaves africains y ont perdu la vie. Malgré de lourdes pertes hollandaises, les français échouent à se rendre maîtres des lieux et ne reprendront Tobago qu'en décembre 1677.

Après la découverte d'un canon français en bronze en 1990, une première expertise est conduite en 1991 par l'antenne Martinique du GRAN (Groupe de recherches en archéologie navale). Des explorations sous-marines plus approfondies et des recherches en archive sont menées depuis 2012 par l'équipe de Kroum Batchvarov de l'INA. La dernière campagne en mai et juin 2014 permet d'identifier une épave (TRB-5) par cartographie des anomalies magnétiques. Ses caractéristiques paraissent correspondre au navire néerlandais "Huis te Kruiningen". Les vestiges se présentent sous la forme d'un tumulus de ballast et de briques de 45 m de long comportant au moins 7 grands canons, des dizaines de fragments de pipes et de nombreuses poteries remarquablement bien conservées dont une cruche de Westerwald richement décorée. L'équipe enregistre l'ensemble du site en 3D à l'aide de techniques photogrammétriques. Les objets découverts resteront la propriété de l'Etat de Trinidad et Tobago et une exposition présentant les résultats est envisagée au Musée Fort King George de Scarborough.

mardi 23 décembre 2014

Guadeloupe : Capesterre-de-Marie-Galante : Grotte du Morne Rita

gravure_Morne-Rita.jpg relevé sur modèle numérique 3D (Julien Monney et Pascal Mora)

Une opération de fouille archéologique et de relevés est menée dans cette grotte ornée depuis 2011 avec l'Association Archéologies et sous la direction de Pierrick Fouéré (Inrap et CNRS UMR 5608 TRACES). La campagne 2014 vise à terminer les relevés des quelques 135 gravures rupestres répertoriées dans la cavité et dont une vingtaine ont été découvertes au cours de cette opération. Ces relevés sont effectués par Julien Monney, doctorant en préhistoire à l'Université Paris 10, en se basant sur un modèle numérique 3D produit par photogrammétrie par Pascal Mora du laboratoire Archéovision de l'Université de Bordeaux. Durant ces trois années l'exploration de cette cavité aura fourni des résultats totalement inattendus : considérée comme occupée au Néoindien ancien et récent en raison de la présence de mobilier céramique rattaché à ces cultures, les sondages ont également révélé des couches plus anciennes d'âge précéramique et en particulier des sépultures dont l'une a été datée vers 2500 avant J.-C. Cette dernière datation confère à la Grotte du Morne Rita le statut de plus ancienne occupation précolombienne actuellement connue en Guadeloupe. L'équipe envisage une publication monographique de ce site après une ultime intervention en 2015 visant à dater directement les pigments noirs présents sur l'une des représentations rupestres.

Documentation, par l'équipe menant cette recherche :

FOUÉRÉ, Pierrick, BAILON, Salvador, BONNISSENT, Dominique, CHANCEREL, Antoine, COURTAUD, Patrice, DEGUILLOUX, Marie-France, GROUARD, Sandrine, LENOBLE, Arnaud, MONNEY, Julien, MORA, Pascal, PINÇON, Kevin, QUEFFELEC, Alain, SERRAND, Nathalie et TOMADINI, Noémie :

2014. Capesterre-de-Marie-Galante. Grotte du Morne Rita. In : Bilan scientifique de la région Guadeloupe, de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin. Service Régional de l'Archéologie de Guadeloupe 2011-2012-2013. p. 34‑37 (2011), p. 82-83 (2012), p. 144‑145 (2013).

2014. La Grotte du Morne Rita (Commune de Capesterre de Marie-Galante, Guadeloupe). Rapport de sondages archéologiques et relevé d’art pariétal, 2013. Rapport n° SRA 578. SRA Guadeloupe. Association Archéologies.

Martinique : journée d'études du projet "Les territoires de la ville, de l’archipel des Antilles au plateau des Guyanes : espaces, sociétés et relations (XVIe-XXIe siècles)"

histoire_villes_antilles_guyane_2014.jpg

Le département d'histoire du laboratoire AIHP-GEODE, site web provisoire de l'université des Antilles organise en Martinique un cycle de journées d'études en partenariat avec l'Inrap. Ces journées sont intégrées au projet animé par Dominique Rogers, historienne : "Les territoires de la ville, de l’archipel des Antilles au plateau des Guyanes : espaces, sociétés et relations (XVIe-XXIe siècles)".



  • La première journée s'est tenue le 24 octobre 2014, avec pour thème "Regards pluriels sur l’archéologie urbaine dans l’archipel des Antilles".
  • La deuxième les 5 et 6 décembre 2014 : "Les espaces de la ville"

D'autres ateliers sont prévus en février 2015, abordant différentes thématiques :

  • Les villes, les aspects économiques et sociaux
  • Les cultures urbaines
  • Aménager et construire l’espace urbain des villes antillaises

Contacts :

lundi 22 décembre 2014

Guadeloupe : Colloque "La route de l'esclave" - décembre 2014

route_esclave.jpgA l'occasion des 20 ans du programme international mis en place par l'UNESCO "La route de l'esclave" le Conseil général de la Guadeloupe, l'UNESCO et la DAC Guadeloupe ont organisé du 10 au 13 décembre dernier, au Fort Fleur d'Epée au Gosier, un colloque international sur les thématiques abordées par le projet. Ainsi ont été présentées les dernières avancées de la recherche en histoire et en archéologie, mais aussi des réflexions sur les aspects culturels, éducatifs, mémoriels, artistiques et méthodologiques du projet. Les actions évoquées ont concerné de nombreuses régions du globe : aux Antilles, en Afrique, en Europe, ainsi qu'en Amérique du nord et du sud. Le congrès a aussi été l’occasion de l'inauguration de la signalétique de la Route de l'esclave de la Guadeloupe, la première à recevoir le label "Route de l'esclave" de l'UNESCO. Une journée a été consacrée à une excursion sur les sites retenus pour la Guadeloupe.

Page sur le site du Conseil Général

Guadeloupe : Goyave : fouille d'un habitat précolombien et d'un moulin de sucrerie à Sainte-Claire

Une fouille archéologique s'est déroulée du 7 octobre au 28 novembre 2014 sur le site de la future station d'épuration de la commune de Goyave, quartier Sainte-Claire. Cette opération prescrite par le Service Régional de l'Archéologie de Guadeloupe, après un diagnostic conduit en 2013 par Jérôme Briand (Inrap), a été réalisée par une équipe de l'Inrap sous la direction de Martijn Van den Bel, secondé par Nicolas Biwer pour la période coloniale. Les deux périodes précolombiennes et coloniales sont représentées sur le site.

Step-goyave_fosse.jpg Les vestiges précolombiens sont ceux d'un village occupant le sommet d'un éperon dominant la plaine littorale et la Petite Rivière-à-Goyave. Plus de 300 fosses et trous de poteaux ont été fouillés. Certains trous de poteaux atteignent plus de 1m80 de profondeur, indice de très grandes constructions. Le mobilier céramique extrait permet une attribution au Néoindien récent (Age Céramique récent), datation qui pourra être affinée après étude complète de la céramique et datations au radiocarbone. Il s'agit du premier habitat précolombien fouillé sur la commune de Goyave.

cliché : Inrap


moulin-ste-claire.jpg Les vestiges coloniaux se répartissent dans trois secteurs : sur l'éperon, avec de grands bâtiments sur poteaux et une structure curieuse, probablement l'assise d'un mat portant une cloche, sur la pente avec le canal alimentant le moulin à eau situé au pied du talus de l'éperon. Ce moulin constitue la découverte la plus remarquable de cette opération : le bâtiment comprend en effet la talvane, espace où était logée la roue hydraulique, ainsi qu'un important dispositif charpenté constitué de grosses poutres en bois (exceptionnellement conservées) et servant probablement à maintenir solidement le mécanisme entraînant les rolles du moulin. Ces vestiges remarquables (il s'agit de la première fouille d'un moulin à eau en Guadeloupe) appartiennent à l'habitation-sucrerie Lagrange mentionnée sur les cartes anciennes et dans les archives du XVIIIe siècle.

cliché : Inrap

Documentation :

Guadeloupe : parution du Bilan Scientifique Régional 2011-2013

Mise en page 1
Le Bilan Scientifique Régional (BSR) des années 2011 à 2013 de la Guadeloupe, Saint-Barthélemy et Saint-Martin est disponible. Cette publication éditée par le Service Régional de l'Archéologie (SRA) de la Direction des Affaires Culturelles de la Guadeloupe (DAC) retrace l'activité archéologique en Guadeloupe durant ces trois années, à savoir 95 opérations autorisées (fouilles, sondages, prospections, projets de recherche et études de mobilier). Une version pdf sera prochainement mise en ligne. Sous réserve de la disponibilité du stock, une version papier peut être envoyée gratuitement à toute personne dont l'activité touche à l'archéologie dans la Caraïbe (chercheurs, étudiants, bibliothèques, musées, institutions de recherche ou d'enseignement...). Les personnes intéressées peuvent en faire la demande en communiquant leurs coordonnées complètes (adresse postale, email, téléphone) à Elise Cousin (mail) responsable de la documentation au SRA Guadeloupe. Le BSR 2014 sera publié courant 2015.

dimanche 21 décembre 2014

Départements français d'Amérique : trois nouveaux Conservateurs Régionaux de l'Archéologie

La direction des trois Services Régionaux de l'Archéologie des départements français d'Amérique tropicale a été récemment renouvelée, ainsi les nouveaux chefs de service sont, dans leur ordre d'arrivée :

  • en Guyane : Nicolas Payraud, nommé en juillet 2014
  • en Martinique : Damien Leroy, nommé en septembre 2014
  • en Guadeloupe : Dominique Bonnissent, nommée en novembre 2014

Un nouveau départ donc, en conservant aussi des équipes très expérimentées ... bref un cocktail du feu de Dieu !

Guadeloupe : Capesterre-Belle-Eau : Sources Pérou : diagnostic archéologique préventif sur un grand gisement précolombien

sources_perou.jpgEn prévision de l'aménagement d'une ZAC sur une superficie de 20 ha un diagnostic archéologique a été prescrit par le Service Régional de l'Archéologie (SRA, DAC, Ministère de la Culture) et a été conduit du 17 mars 2014 au 14 avril 2014 par Nathalie Sellier-Ségard, archéologue à l'Inrap. Cette opération a permis de délimiter un grand gisement précolombien dont une bordure avait déjà été identifiée par des investigations archéologiques menées en 2001 en prévision des travaux de la voie de contournement de Capesterre-Belle-Eau. Ce gisement précolombien couvre une superficie de 6 ha et correspond probablement à l'implantation de villages successifs à cet emplacement (palimpseste, ou "multicomponent site" en anglais. Les poteries récoltées correspondent à la culture cédrosan-saladoïde, une période qui couvre à peu près le premier millénaire après J.-C. Les vestiges consistent en fosses et trous de poteaux, mais aussi en dépotoirs où sont préservés de grandes quantité de mobilier céramique et lithique. Deux sépultures ont été retrouvées, fait exceptionnel pour ce secteur de la Guadeloupe où les terrains acides ne permettent généralement pas la conservation des ossements. Le SRA a prescrit une fouille préventive préalable aux aménagements.

Bibliographie : SELLIER-SEGARD, Nathalie, 2014 : Rapport d’opération. Diagnostic archéologique. Guadeloupe, Capesterre-Belle-Eau, Sources Pérou. Rapport n° SRA 561. INRAP, SRA Guadeloupe.

samedi 20 décembre 2014

Guadeloupe : Saint-François : reprise de l'érosion au cimetière des Raisins Clairs

raisins-clairs.jpgSuite à la houle générée par l'ouragan Gonzalo le dimanche 12 octobre sur les plages du sud de la Grande-Terre, les agents de la commune de Saint-François signalent une très forte reprise de l'érosion sur le cimetière de la plage des Raisins Clairs, provoquant à nouveau la destruction de tombes et l'apparition d'ossements humains dans le front d'érosion. Ce cimetière composé en partie de tombes d'esclaves avait fait l'objet d'une fouille de sauvetage en janvier 2014 en raison de l'érosion récurrente qu'il subissait, phénomène très préoccupant, à la fois en raison de la perte de vestiges à valeur scientifique, mais aussi de l'atteinte à un site à valeur mémorielle, dégradation ressentie avec beaucoup d'émotion par la population guadeloupéenne. Cette fouille financée par la Région Guadeloupe et la DAC avait été conduite par Jérôme Rouquet, anthropologue à l'Inrap.

La partie concernée par cette fouille était limitée la bande littorale en voie d'érosion et avait été simplement recouverte de sable après l'opération archéologique. Cette protection très provisoire était insuffisante et la houle du mois d'octobre a dégagé ce sable et attaqué directement les tombes encore intactes en arrière de la zone fouillée.

La Commune de Saint-François, la Région et la DAC ont convenu qu'il était maintenant important de prendre les mesures permettant de stopper de façon durable ce phénomène érosif et de protéger ainsi le cimetière en place pour au moins plusieurs décennies. La DAC a sollicité l’assistance du Bureau d'Etudes Géologique et Minière (BRGM) dans le cadre d'une procédure d’assistance aux politiques publique. L’expertise du BRGM souligne la nécessité d'opter pour un procédé de stabilisation permettant de conserver non seulement le cimetière mais aussi la plage, et ne reportant pas l'érosion latéralement. Plusieurs solutions techniques plus ou moins durables sont actuellement examinées par les partenaires impliqués et seront mises en œuvre après obtention des crédits correspondants et des autorisations éventuelles. Cette équipe resserrée est complétée par la participation de la DEAL pour ce qui concerne les questions d'intervention en milieu littoral protégé. D'autres partenaires également très impliqués, en particulier le Conseil Général (Musée Edgar Clerc, Musée Schoelcher) et l'Inrap, seront aussi amenés à apporter leur contribution pour valoriser et protéger ce site. La participation de la population à la réflexion parait également incontournable et des réunions publiques d'information et de discussion sur le sujet seraient les bienvenues.

La fouille Inrap du mois de janvier : communiqué de presse et journées portes ouvertes

Sources info : DAC Guadeloupe

samedi 25 octobre 2014

Curaçao : Colloque Connecting Continents : Archaeological perspectives on slavery, trade, and colonialism

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Colloque organisé à Curaçao du 5 au 7 novembre 2015 par la Society for American Archaeology (SAA) et par l'European Association of Archaeologists (EAA). La thématique est celle de l'archéologie de l'esclavage, du commerce et du colonialisme, dans une perspective intercontinentale.

Appel à soumissions (pdf)

Sint Maarten - Saint-Martin : 26e Congrès International d'Archéologie de la Caraïbe

aiac_26e.jpg Site web du 26e Congrès International d'Archéologie de la Caraïbe - Sint Maarten - Saint-Martin : 26e IACA Congress

dimanche 19 octobre 2014

Haïti : l'épave CV1 n'est pas celle de la Santa-Maria (Unesco) ... on s'en doutait un peu !

Carte de la côte nord d'Hispaniola attribuée à C. Colomb
(Archives de la Casa de Alba, Madrid)

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La mission menée par l'Unesco, le Ministère de la Culture haïtien et le Bureau National de l'Ethnologie, faisant suite à la demande de Monique Rocourt, ministre de la culture de Haïti, (voir notre billet précédant), a été effectuée du 5 au 15 septembre 2014 sous la direction de l'expert espagnol en archéologie sous-marine Xavier Nieto Prieto, ancien directeur du Centre d'Archéologie Subaquatique de Catalogne. Une note d'information peut être consultée sur le site de l'UNESCO, ici, et le rapport en français peut être téléchargé avec ce lien.

Le résultat parait sans appel : l'épave CV1 (Coque Vieille 1, du nom du récif où elle est coulée) ne peut pas être celle de la Santa-Maria, le navire amiral du premier voyage de Christophe Colomb aux Amériques, échoué au nord de l'île d'Hispaniola dans la nuit du 24 au 25 décembre 1492. Plusieurs arguments sont présentés dans le rapport d'expertise. Le plus déterminant est le fait que tous les éléments de fixation retrouvés sur l'épave sont en bronze, or ce métal n'est utilisé comme attache dans la construction navale qu'à partir de la fin du 17e siècle. Auparavant, clous et broches de fixation sont en fer ou en bois, et il en est logiquement ainsi pour la Santa-Maria. Les vestiges CV1 correspondent à l'épave d'un seul navire qui a été construit durant les 18e ou 19e siècles donc très largement après le voyage de Christophe Colomb.

Le battage médiatique généré par l'américain Barry Clifford semble donc bien clos. Mais où se trouve donc le lieu du naufrage de la Santa-Maria ? L'étude fournit quelques éléments, en particulier la vraisemblance que la Santa-Maria s'est échouée à faible distance du rivage si l'on en croit des descriptions de Christophe Colomb. Mais les pistes les plus probantes ont été avancées par deux chercheurs français : le géomorphologue Loïc Ménanteau et l'historien Jacques de Cauna, et par une équipe espagnole composée du géophysicien Alfonso Maldonado, de l’historienne Maria Luisa Cazorla et de Enrique Lechuga de Serantes (secrétaire général de la Fondation ibéro américaine pour la culture et les sciences de la mer) cette équipe ayant commencé des recherches en 1991, cependant interrompues pendant la crise politique durant le régime du général Cedras (Le Nouvelliste et Blog de Nancy Roc).

Loïc Ménanteau (qui a participé à l'expertise de l'Unesco), géomorphologue et spécialiste des environnements littoraux à l'université de Nantes a étudié le littoral du nord d'Haïti et a co-dirigé la production de l'Atlas côtier du Nord-Est d’Haïti, 1997. Cet ouvrage se propose de modéliser l'évolution historique du littoral dans ce secteur de Haïti. L'originalité de cet atlas est de se fonder à la fois sur les sources historiques, et en particulier des cartographies du 18e siècle, et sur les caractéristiques géomorphologiques et sédimentaires du littoral. Le Dr. Ménanteau penche pour un emplacement d'échouage plus près de la côte actuelle que la position de CV1, quelque part dans la Baie de Cap-Haïtien (rapport, p. 16 et 17, note 15). Il se base sur les textes du journal de bord de Colomb et sur une réévaluation à la baisse de la longueur de la lieue utilisée par Colomb.

Jacques de Cauna, historien à l'Université de Bordeaux et spécialiste de Haïti, a proposé sur son blog une hypothèse de localisation tout autre. Cette hypothèse est également celle qui est soutenue par l'équipe espagnole, à savoir que l'épave de la Santa-Maria est située à l'intérieur des terres, enfouie sous les dépôts alluviaux d'un cours d'eau local : la Grande Rivière du Nord. Cette approche se base sur plusieurs éléments : sur le récit de Colomb qui décrit un échouage à faible distance de la côte, et sur la progradation attestée de la ligne de côte dans le secteur : la Grande Rivière du Nord a formé un delta alluvial qui a gagné sur la mer d'environ 2 km depuis 1760, ce que montre d'ailleurs très bien l'Atlas de L. Menanteau. Cette sédimentation gagnant sur la mer pourrait induire que l'emplacement de l'épave a ensuite pu être recouvert d'alluvions.

Un élément déterminant est le fait que l'ancre de la Santa-Maria ait été retrouvée fortuitement au 18e siècle à 1 km du littoral, ensevelie sous deux mètres de sédiments dans les terres de l'habitation Fournier de Bellevue selon la description de Moreau de Saint-Méry en 1796 (tome 1, p. 222 et 223 de la version de 1875) (Article sur le site web Haïti Libre). Cette ancre pourrait indiquer le lieu du naufrage, à condition qu'elle n'ait pas été déplacée ensuite, par exemple par les hommes de Christophe Colomb. Elle est actuellement déposée au musée du Panthéon national haïtien.

Jacques de Cauna exprime une certaine colère (sur son site : page Chaire d'Haïti 2014) au sujet de la pertinence de la mission de l'Unesco, dénonçant le gaspillage des moyens mis en oeuvre pour cette recherche, surtout dans le but de répondre au battage médiatique orchestré par Clifford alors que des éléments scientifiques très sérieux existaient auparavant, il suffisait d'écouter et de lire les (vrais) chercheurs et de ne pas répondre, même pour la contrecarrer, à l'hystérie médiatique provoquée par l'activisme pécuniairement intéressé d'un pseudo-archéologue. La faiblesse des institutions et des réglementations haïtiennes en matière d'archéologie laisse en effet le champ libre à toutes sortes d'imposteurs ou de pilleurs de sites archéologiques. Il est à espérer que cette affaire puisse au final être salutaire en amplifiant la prise de conscience que l'on commence à percevoir, et contribue à orienter l'action des institutions politiques haïtiennes dans le sens d'un meilleur contrôle des activités archéologiques dans l'intérêt de la recherche et de l'enseignement scientifique, de la protection et de la transmission du savoir, bref dans le sens du bien commun.

La ministre de la culture de Haïti a annoncé que les chercheurs espagnols (Alfonso Maldonado, Maria Luisa Cazorla et Enrique Lechuga de Serantes) allaient poursuivre leurs recherches à l'intérieur des terres, initiées en 1992 près de la Rivière du Nord dans la zone où l'ancre de la Santa-Maria a été trouvée au 18e siècle (Le Nouvelliste). Ces recherches consisteront dans un premier temps en une analyse géomorphologique de toute la zone afin de délimiter les secteurs favorables, puis en prospections géophysiques destinées à repérer les restes de l'épave elle même. Les investigations sur le terrain devraient commencer après la fin de la saison cyclonique 2014 Blog de Nancy Roc.

Le "découvreur" débouté, Barry Clifford maintient son intérprétation et réaffirme avoir bien trouvé l'épave du Santa-Maria. Il déplore que les experts de l'Unesco n'aient jamais communiqué avec lui (Huffington Post). Sa caution scientifique, le professeur Beeker est tout à coup beaucoup plus prudent et n'a que discrètement souligné ce qu'il désigne comme des faiblesses du rapport de la commission Unesco (The Independant).

Et n'oublions pas qu'un fragment de l'épave de la Santa-Maria se trouve peut-être en ... Guadeloupe. En effet C. Colomb, qui touche la Guadeloupe lors du 2e voyage en 1493, relate dans une lettre intitulée "Relation du deuxième voyage, La Isabella, janvier-février 1494", réédité, p. 10, la découverte dans un village Caraïbe situé sur la côte de l'île de la Basse-Terre d'un morceau de l'étambot (la pièce de fixation du gouvernail) "d'une nef d'Espagne", qui ne peut être que la Santa-Maria ... à moins qu'il ne s'agisse d'un fragment flottant d'épave ayant traversé l'Atlantique. Ce fait extraordinaire et étonnant impliquerait, s'il était exact, que cette pièce a été apportée par les amérindiens jusqu'en Guadeloupe à 1200 km de distance de Hispaniola, probablement suite à un pillage, une offrande ou un échange entre les Taïnos de l'île d'Hispaniola (ou les Espagnols ?) et les Kalinagos ou "Caraïbes" des Petites Antilles.

A suivre donc, la recherche continue ...

Bibliographie :

  • Nieto Prieto X. Villegas T., Demesvar K. Denis M., 2014. Rapport et évaluation sur la base du rapport préliminaire de la mission effectuée sur le Cap-Haïtien par les experts de l'Unesco, du Ministère de la Culture et du Bureau National de l'Ethnologie. UNESCO pdf sur le site de l'Unesco
  • Ménanteau L. & Vanney J.-R. (coord. scient.), 1997. Atlas côtier du Nord-Est d’Haïti. Environnement et patrimoine culturel de la région de Fort-Liberté. Port-au-Prince/Nantes. Ed. Projet "Route 2004". Ministère de la Culture (Haïti)/PNUD, iv+62 pp. peut être acheté à : Geolittomer-Diffusion
  • Moreau de Saint-Méry (1796). Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l’isle Saint-Domingue, reédité 1875 Tome 1 Tome 2
  • Colomb 1494 (ré-edition 2002), "Relation du deuxième voyage, La Isabella, janvier-février 1494" textes retrouvés en 1985. Dans : Christophe Colomb, La découvert de l'Amérique. Tome II. Relations de voyage et autres écrits 1494-1505. Editions La Découverte 2002
  • Fonds Jacques de Cauna (Photographies des vestiges d'habitations de Haïti, forts, reproductions de cartes anciennes, plans, etc ...)

dimanche 28 septembre 2014

Antigua : le projet de mega-resort "Singulari" : inquiétudes au sujet de la gestion de l'impact archéologique

Singulari Un gigantesque projet touristique de 647 hectares (le plus grand des Antilles) vient d'être conclu entre la firme chinoise Yida qui va y investir 1 milliard de dollars et le gouvernement d'Antigua via l'agence immobilière Luxury Locations. Les terrains, en liquidation judiciaire, étaient la propriété de Allen Stanford, magnat financier surnommé le "petit Madoff" condamné par la justice américaine à 110 ans de prison pour escroquerie. Le complexe immobilier comprendra des résidences hôtelières de luxe, des résidences privées, un hôpital, une école, un hippodrome, un terrain de golf, le plus grand casino de toutes les Antilles et deux marinas. Il devrait (bien sûr !) créer de nombreux emplois : 1000 "jobs" sont promis par l'investisseur. Quelques voix à Antigua ont timidement posé la question de l'impact d'un tel projet sur le milieu naturel.

source vignette : Luxury Locations Magazine

Le terrain est situé au nord de l'île d'Antigua, sur la péninsule de Crump, zone en grande partie couverte de broussailles et encore vierge de tout aménagement. Il comprend aussi les deux îles de Guiana et Crump. Le secteur est connu depuis les années 70 pour sa richesse en sites précolombiens de l'époque précéramique (dans les deux millénaires avant J.-C.), et en particulier sur la péninsule de Crabbs (ou de Parham) où le site de South Pier est localisé juste à côté du projet (Davis 1982). Une carte de l'archéologue Davis indique aussi la présence d'un site précéramique dans l'emprise du projet immobilier. Cette abondance de sites est probablement liée à la proximité de l'île de Long Island où un silex de très bonne qualité a été exploité par les populations précolombiennes et a été diffusé dans toutes les Petites Antilles. Des zones humides littorales, avec de possibles vestiges organiques conservés, sont aussi concernées par le projet et en particulier celle du nord de la péninsule de Crump où une marina devrait être implantée. Le Dr Reginald Murphy, directeur des Ressources Patrimoniales des Parcs Nationaux d'Antigua, a fait part dans le journal Daily Observer de sa grande inquiétude et de la nécessité de procéder à une évaluation archéologique préliminaire, en particulier sur l'île de Guaina où est connu un grand site précolombien de la culture saladoïde (premier millénaire après J.-C.). Le potentiel archéologique du secteur est donc très important et surtout si l'on tient compte que des sites enfouis ont pu échapper à tout repérage dans cette zone difficile à prospecter.

Peut on espérer que ce projet fera l'objet d'interventions archéologiques préventives à la hauteur des enjeux scientifiques et patrimoniaux ? Peut être, si l'on en croit la déclaration de l'agence Luxury Locations sur le site du journal Antigua Chronicle : " Yida (l'investisseur chinois) a une solide réputation à l'échelle internationale pour la responsabilité environnementale, sociale et sociétale. Nous avons vraiment aimé leur éthique et leur engagement à apporter une contribution positive ici à Antigua ". On peut cependant en douter compte tenu de la faiblesse de la réglementation en matière de protection du patrimoine historique et archéologique de cette petite nation et du manque de moyens humains locaux dans ces disciplines, comme cela est analysé par le Dr. Reginald Murphy dans le chapitre consacré à Antigua-Barbuda du livre "Protecting Heritage in the Caribbean" (2011).

sources :

  • Davis 1982 : DAVIS, Dave, 1982. Archaic settlement and resource exploitation in the Lesser Antilles: Preliminary information from Antigua. In : Caribbean Journal of Science. 1982. Vol. 17, n° 1-4, p. 107‑122.
  • Murphy 2011 : MURPHY, Reg : "Antigua and Barbuda" in : SIEGEL, Peter E., RIGHTER, Elizabeth (Ed.) 2011. Protecting Heritage in the Caribbean : University Alabama Press. p. 73-79.

localisation du projet dans Google Maps

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